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La théorie de l’attachement (1959) de J. Bowlby postule l’existence d’un besoin primaire inné de contact social chez le bébé, lequel ne s’appuie pas sur la satisfaction des besoins physiologiques (comme l’avait postulé Freud).
Bowlby affirme, en effet, qu'il existe chez l'homme "une tendance originelle et permanente à entrer en contact avec autrui", qui prend généralement pour cible la mère. Le principe de base de cette théorie est donc qu'un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d'attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue (appelée « caregiver »).
C'est l'attachement, qui est un "besoin primaire", au même titre que les besoins de nourriture ou de chaleur. (La théorie de l'attachement primaire s'oppose ici à la conception freudienne de l'"étayage", pour laquelle le lien affectif se construit secondairement, à partir de l'expérience de la satisfaction des besoins).
Sans entrer dans une discussion de nature théorique et psychanalytique (et sans pour autant l’exclure), quel(s) rôle(s) joue la séparation dans l’attachement ? Très concrètement, comment, par exemple, comprendre l’adolescence au sein de ce rapport, entre une nécessité de distanciation avec le noyau familial et la nécessité d’une sécurité pour y parvenir ? En ce sens, doit-on parler de séparation ?

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Très concrètement, comment, par exemple, comprendre l’adolescence au sein de ce rapport, entre une nécessité de distanciation avec le noyau familial et la nécessité d’une sécurité pour y parvenir ? En ce sens, doit-on parler de séparation ?

l'adolescence peut-être approchée, comme cet espace de vie intermédiaire, ce paradoxe, ni dedans, ni dehors. Espace dont il s'agit dans nos réponses de conserver le paradoxe, être à la fois la Présence (fonction qui ne désigne ni la mère ni le père, même si nous la nommons fonction maternelle) "qui n'intermitte pas la continuité d'existence" winnicott, et qui par cette sécurité permettre la séparation - une séparation qui ne soit pas abandon



Dernière édition par yveline ciazynski le Ven 17 Fév - 8:12, édité 1 fois

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schaeffer a écrit:La théorie de l’attachement (1959) de J. Bowlby (...) il existe chez l'homme "une tendance originelle et permanente à entrer en contact avec autrui", qui prend généralement pour cible la mère. Le principe de base de cette théorie est donc qu'un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation d'attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de façon cohérente et continue (appelée « caregiver »).
C'est l'attachement, qui est un "besoin primaire", au même titre que les besoins de nourriture ou de chaleur. (...) quel(s) rôle(s) joue la séparation dans l’attachement ?


1. On semble très proche du modèle du Care; est-ce que sur le plan "epistémologique" il y a une parenté reconnue de ces théories de l'attachement et du care ?

2. Ce lien primaire de l'attachement est extrêmement proche de la notion indienne traditionnelle de Maitrî, lien naturel entre tous les êtres vivants; bref, comme Freud pour l'inconscient, Bowlby n'aurait-il pas redécouvert un passage vers l'"Orient" ?

3. Séparation et douleur, théorisation du mal en déliaison (cf Green, Pourquoi le mal ?, très proche de Winnicott), il serait tentant de formaliser une approche du "mal" en "a-care", une contagiosité spontanée de ce besoin primaire d'attachement, et des accidents de déliaison. Augustinien: le mal en perversion sociale ou humaine du bien naturel ou "divin", sans existence propre, et haro donc sur la "pulsion" de mort...

Mais 1 et 3 peut-être enfoncent des portes ouvertes ?

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4 Sur des approches comparables... le Mer 15 Fév - 15:14


1. On semble très proche du modèle du Care; est-ce que sur le plan "epistémologique" il y a une parenté reconnue de ces théories de l'attachement et du care ?

2. Ce lien primaire de l'attachement est extrêmement proche de la notion indienne traditionnelle de Maitrî, lien naturel entre tous les êtres vivants; bref, comme Freud pour l'inconscient, Bowlby n'aurait-il pas redécouvert un passage vers l'"Orient" ?

Pouvez-vous en dire davantage sur le modèle du care et la notion indienne de Maitrî ?



Dernière édition par schaeffer le Mer 15 Fév - 15:16, édité 1 fois

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5 En continuant sur l'adolescence... le Mer 15 Fév - 15:15

La période de l’adolescence a le mérite de poser de façon pointue la question du rapport entre la séparation et l’attachement. C’est en effet un cas de figure à la fois extrême et symptomatique dans la mesure où cette période de la vie apparaît comme une sorte de révélateur pour tenter d’essayer de comprendre les tenants et les aboutissants de ce rapport. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’au-delà de l’adolescence, il nous serait peut-être permis de dérouler le fil conducteur qui mène jusqu’à la rencontre, à travers notamment deux notions qui me semblent particulièrement importantes : l’intrépidité et la peur, lesquelles sous-tendent une troisième notion non moins fondamentale : la confiance.
Mais avant d’entreprendre une réflexion sur ces notions et sur le rôle qu’elles peuvent jouer au cœur du rapport séparation/attachement, il faut tenter d’en dire davantage sur ce « besoin primaire » qui implique que pré-existerait à tout apprentissage un sentiment d'affection permanent, caractérisée par le besoin d'un contact ou d'une compagnie. Si l’on accepte ce point de vue, quelle serait l’approche phénoménologique qui donnerait une antériorité à cette condition (que l’on pourrait qualifier de biologique) ? En d’autres termes, si l’expérience de l’affection est première, comment s’incarne-t-elle ? Et pour continuer la réflexion avec l’adolescence, qu’est-ce qui pose problème (ou non) dans le mouvement de va et vient – Présence/Absence – depuis ce lieu originaire ? Quelle est la nature du tiraillement, de cette mutation dans l’être qui allie à la fois le biologique et la structure psychique ?

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6 Maitrî, Care, et contre-culture... le Mer 15 Fév - 17:16

schaeffer a écrit:


Pouvez-vous en dire davantage sur le modèle du care et la notion indienne de Maitrî ?



avec plaisir !


MAITRÎ est un terme sanscrit usuellement traduit par "amitié", « empathie », "amour d'autrui", équivalent du philia grec, principe cosmologique des stoïciens, qui désigne chez les Anciens tout lien bienveillant envers autrui. Maitrî définit le lien naturel entre tous les êtres vivants, support du rapport à autrui, à tous les êtres, à la nature; un lien humoral avec autrui (http://sanskrit.inria.fr/DICO/52.html#maitri). Francis Zimmerman a orienté une large part de son séminaire 2008/2009 EHESS autour de ce concept (http://ehess.philosophindia.fr/autrui/amitie.html) qui s'inscrit dans vision biologisante de la réalité humaine, développée dans les textes philosophiques de l'hindouisme et du bouddhisme, support de ces autres concepts de compassion, de non-violence et de détachement.

La Maitrî est un rasa, une des humeurs - telles qu'elles sont également définies dans la médecine hippocratique – qui circule dans le tissu des êtres vivants interconnectés dans la cosmogonie « végétale » indienne. Cette notion de tissu du vivant, siège de tous les rasas, nous rapporte à des perceptions sensitives "primordiales" et immédiates (telles celles du nouveau-né, via le toucher en particulier), mais aussi à la communication avec le public dans les arts totaux comme le théâtre Natyasastra, ou l'empathie thérapeutique dans la prise en charge ferenczienne du traumatisme.

Lien entre les vivants, la Maitri est également une disposition intrinsèque, l'autre n'étant que prétexte à sa mise en oeuvre; il s'agit avant tout d'une éthique de soi-même dans laquelle "le résultat (social) viendra de surcroît", tel un "effet secondaire" (R.H. Jones, Theravâda Buddhism and Morality); l'acte est plus important que la conséquence, mais les "radiations" de l'acte à tout le monde des vivants sont un présupposé cosmogonique, et le concept « à double entrée » de Maitrî en principe de bienveillance et en lien cosmologique est certainement un exemple important de la vision « en abyme » du monde dans l'Inde classique.

L '"individu" occidental, lui, n'est conceptualisé que par une de ses facettes, corollaire sociétal, mais dans l'ensemble des vivants, d'autres facettes sont communes, tissant un monde continu, un « gel » du vivant semi-public/semi-privé, préservé de la schizophrénie par la Maitrî.

Le Care, cette philosophie initialement développée aux USA par des intellectuelles féministes, mais également porté, via le mouvement contre-culturel américain, par l'orient et de la notion d'hylozoïsme (ou « hypothèse Gaïa ») de la tradition hindoue, comprend "tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre monde", monde entendu comme unité comprenant nos corps, nous-mêmes en tant que sujets, et l'environnement. Le Care est une philosophie de la sollicitude, il est aussi une pratique et une éthique au service du social, dans laquelle les êtres sont interdépendants et non plus des fictions de l'autonomie, l'individu le plus performant et le plus autonome ne pouvant se déployer sans tout un appareillage externe, des réseaux, le travail des autres, des services. Ce Care, rendu invisible dans les sociétés de profit et de compétition actuelles, car il fausserait "l'équation capitaliste" des nations, est bien pourtant d'un accès inégal selon les ressources et la situation sociale.

Penser le Care, ce réseau a priori altruiste, semble mettre en débat les propositions théoriques de la sociologie et celles de la psychanalyse:

- Le lien est naturel et diachronique, le sujet inachevé s'étaye à ce lien, car sa contingence nécessite cette énergie de cette liaison. La pulsion de mort, ce concept freudien tardif, discuté et quelque peu énigmatique, n'est-elle alors qu'une déliaison, qui libère l'énergie à l'inorganique, et non une énergie pulsionnelle autonome, les liens brisés du réseau naturel du Care, « flottants au vent de l'inorganique », délivrant alors leurs courants de mort/douleur ?

- De l'Ego dans le réseau ? D'une part, la Maitrî, support du Care, est d'abord positionnement du sujet dans le monde des vivants, et non action positive sur ce monde; et la position de non-malévolence qui en découle est d'abord morale privée qui permet à l'individu d'établir son « berceau »; mais d'autre part le narcissisme, mobile premier et ultime de tous nos actes pour la psychanalyse, pourrait pourtant bien s'inclure dans ce concept puisque son objet premier est le sujet inclivé, non-amputé encore de représentations retranchées prénatales, de clivages traumatiques, d'exil géographique, d'amputations de sa chair par maladie, de sa fonction par handicap, le sujet en lien. Si le sujet morcelé est l'objet de la psychanalyse, l'amour partiel que l'on peut offrir à un fragment de soi-même devient étranger à la compassion; mais si l'objet de la psychanalyse est de « récupérer » les morceaux perdus dans le développement du sujet, de lui permettre de retrouver la trajectoire qui a conduit à ces amputations obligées pour avancer, si la psychanalyse est une marche diachronique vers l'inclivé et le relié, alors le narcissisme se fond dans la Maitrî.



Autour de la notion de Care:

Geneviève Decrop, Au delà de la crise, vers une troisième modernité ? Entropia N°7 automne 2009, pp. 107-120

Delphine Moreau, De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique, Revue internationale des Livres & des idées (RiLi) N°13 septembre-octobre 2009, pp. 18-22

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quelle serait l’approche phénoménologique qui donnerait une antériorité à cette condition (que l’on pourrait qualifier de biologique) ? En d’autres termes, si l’expérience de l’affection est première, comment s’incarne-t-elle ? Et pour continuer la réflexion avec l’adolescence, qu’est-ce qui pose problème (ou non) dans le mouvement de va et vient – Présence/Absence – depuis ce lieu originaire ? Quelle est la nature du tiraillement, de cette mutation dans l’être qui allie à la fois le biologique et la structure psychique ?

je me mets au travail!...en faisant travailler les amis
avec son autorisation je transfert ici un mail de Georges Chapouthier biologiste-philosophe CNRS

"Réponse du biologiste



L’attachement ne vaut pas pour tous les animaux. Je doute qu’il y ait le moindre sentiment d’attachement chez les éponges ou chez les oursins. Il paraît aussi peu plausible, au sens où vous l’entendez, chez des invertébrés comme l’abeille ou l’escargot. En revanche, la question devient très pertinente pour ceux des animaux qui présentent des structures anatomiques responsables des émotions et de la conscience, c’est-à-dire principalement les vertébrés et, sans doute, certains invertébrés comme les pieuvres, sur lesquels je vais revenir dans un instant.



Avant même de répondre à la question précise de l’attachement et de l’empathie, je voudrais les insérer dans un cadre plus général, celui du fonctionnement harmonieux des organes. Aristote soulignait déjà le plaisir qu’il y avait à utiliser sa sensorialité. Pour qu’un animal, (seulement parmi les animaux qui disposent d’un système nerveux, mais qui constituent, de fait, la majorité écrasante des espèces animales) utilise ses organes et effectue un comportement conforme à la vie de son espèce, il faut que cet usage des organes ne soit pas perçu comme « déplaisant » (ce qu’on appelle la « nociception »), mais au contraire « convienne » au bon fonctionnement de l’organisme. En ce sens, même une abeille qui butine ou un escargot qui rampe sous la pluie doivent « ressentir », dans leur système nerveux, des sensations « agréables », même s’ils n’ont pas nécessairement le moyen de les rendre conscientes. Ce plaisir de la sensorialité existe chez tous les animaux, y compris, évidemment, ceux qui disposent d’une certaine forme de conscience, comme, par exemple, les vertébrés ou les pieuvres, et qui constituent l’essentiel de notre réflexion.



A ce plaisir sensoriel que procurent les sensations du monde va donc s’ajouter, chez ces animaux, qui disposent d’un système émotionnel (appelé « système limbique » chez tous les vertébrés, mais il y a probablement un équivalent chez pieuvres), le plaisir tel que nous pouvons le concevoir, lié en outre à sa perception consciente (par le « cortex cérébral » chez les vertébrés, avec équivalent chez les pieuvres). Nous sommes alors au creux du vécu existentiel du plaisir (qui combine ici vécu émotionnel et conscience), qui peut ensuite comporter une empathie pour l’autre, soit, dans le cas le plus général, si l’autre procure des sensations agréables (apprivoisement), soit spontanément par un besoin affectif premier, notamment chez les animaux qui vivent en familles ou en sociétés.



L’éthologie a mis en évidence des processus d’attachement extrêmement forts, qu’on appelle des « empreintes ». Ainsi, par exemple, un poussin que vient d’éclore s’attache, comme si c’était sa mère, au premier objet mobile qu’il rencontre et le suit. Ce processus très fort n’est pas totalement indélébile, comme on l’avait d’abord cru. Il se produit lors d’une phase particulière de la jeunesse qu’il vaut donc mieux appeler « phase sensible » (puisque les effets sont, très partiellement, modifiables) que « phase critique » comme on l’avait d’abord dit. Des processus semblables à l’empreinte expliquent sans doute l’attachement dans beaucoup d’espèces animales. Ils peuvent aussi rendre compte des adoptions, rares mais occasionnelles, entre des espèces différentes, comme cette lionne qui avait adopté un bébé gazelle, ou comme les « enfants sauvages », petits humains adoptés par des animaux. Ils expliquent aussi des acquisitions très importantes, comme celle du langage chez l’être humain. Un enfant humain, préparé anatomiquement à l’acquisition du langage, mais qui, pour diverses raisons, n’est pas mis socialement en présence du langage (enfant sauvage), ou qui, pour des raisons pathologiques internes, ne peut pas apprendre à communiquer (autisme) avant la fin d’une phase sensible d’environ sept ans, ne pourra plus apprendre à parler correctement. Si l’empreinte est un apprentissage, le « besoin d’empreinte » lui est clairement présent, sur un plus existentiel, avant l’apprentissage. Il relève donc d’une donnée phénoménologique première, essentielle aux animaux dits supérieurs.



Le processus d’empreinte chez le poussin a permis de mettre en évidence une autre caractéristique que l’attachement lui-même. Une fois imprégné à un objet, le poussin suit cet objet. Il est effrayé par de objets très différents de l’objet d’empreinte, mais il préfère les objets légèrement différents de l’objet d’empreinte. Ce goût pour le « légèrement différent », qui préexiste lui-aussi aux choix qu’il va permettre, et qui autorise ainsi une adaptation progressive et permanente du comportement aux modifications de la vie qui passe, est sans doute une caractéristique très générale des processus d’attachement."

Georges Chapouthier








Dernière édition par yveline ciazynski le Jeu 16 Fév - 15:52, édité 2 fois

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8 A monchu (suite Maitrî) le Mer 15 Fév - 22:09

Merci beaucoup pour ces explications très riches et éclairantes !
Comment pourriez-vous relier la Maitrî à cette question de la séparation dans son rapport à l’attachement ? L’idée d’interconnection et de circulation dans le tissu des êtres vivants qui nous rapporte à des perceptions sensitives primordiales et naturelles implique-t-elle que le sujet demeure toujours relié à une matrice affective rassurante ? Autrement dit, cette philosophie conçoit-elle une séparation entre les êtres vivants ? Et si oui, peut-elle être traumatisante ?

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schaeffer a écrit: cette philosophie (hindoue) conçoit-elle une séparation entre les êtres vivants ? Et si oui, peut-elle être traumatisante ?


L'existence même y est séparation (de par l'incarnation de l'âme), elle est douleur et ne cessera que par la libération du cycle des renaissances; le yoga (lien, connexion) apparaît comme nécessaire tentative de re-liaison; la séparation relève de la Maya ou illusion, « the realm of mâyâ may be compared to space, the principle of separation or ‘spread-out-ness ». Pour l'indianiste O. Lacombe, la Maya est d'ailleurs "un réseau de limites" au sein du monde réel. C'est le filtre de l'incarnation, et celui de la représentation de nos perceptions via nos organes des sens, qui nous « sépare » douloureusement du monde sans inter-règnes, sans clivages entre les vivants. Dès lors un acte (karma) sera un mouvement de jonction (Yoga) entre les Indriya (organes des sens) et les Artha (les choses ).
D'où sans doute ce besoin inné de faire du lien, de se ré-attacher aux autres vivants incarnés; et les organes des sens peu différenciés du nouveau-né sont sans doute propices à un attachement beaucoup plus efficace que celui auquel nous pouvons parvenir ultérieurement par toutes sortes de techniques plus ou moins naturelles, sociales voire chimiques... mais ce n'est ici qu'une hypothèse...

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10 La confiance le Ven 17 Fév - 8:51

"nous serait peut-être permis de dérouler le fil conducteur qui mène jusqu’à la rencontre, à travers notamment deux notions qui me semblent particulièrement importantes : l’intrépidité et la peur, lesquelles sous-tendent une troisième notion non moins fondamentale : la confiance."

je vais venir à la question par une autre voie, par une autre approche, celle du trac de celui qui doit monter sur scène.
un fil conducteur qui mène également à la notion de rencontre, pas seulement du public, mais aussi lorsque concertiste on ne voyage pas avec son propre piano, on doit rencontrer "l'objet",avec lequel on va devoir vivre en direct, sans avoir eu le temps de le connaître vraiment.
Dernièrement, j'ai connu la détresse , l'angoisse d'un ami dans cette situation quelques heures avant le récital:
je n'ai pu lui dire que:
"apprivoise le "
mais là nous étions séparés par nos langues, car nous parlions tous les deux "franglais", et j'avais un trou de traduction...puis soudain son visage s'éclaire:
"ah oui le renard...ça veut dire créer des liens"
Peut-être est-ce seulement une gentille histoire, mais je crois qu'elle nous en dit long sur la façon dont l'empreinte laissée par un attachement sécurisé nous permet d'aborder avec intrépidité ou peur toute Rencontre avec l'autre.

Nouer la question de la confiance à celle de la séparation, si l'on veut la sortir de la théorie analytique, et l'amener sur le terrain biologique, peut-être pourrait-on reprendre la contribution de Georges Chapouthier, où nous nous dirigeons notre confiance vers des substituts "légèrement différents", et le non identique à soi/autre implique la séparation comme moteur.
l'autre est à la fois le même et différent


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11 Suite G. Chapoutier le Ven 17 Fév - 10:22

Le processus d’empreinte chez le poussin a permis de mettre en évidence une autre caractéristique que l’attachement lui-même. Une fois imprégné à un objet, le poussin suit cet objet. Il est effrayé par de objets très différents de l’objet d’empreinte, mais il préfère les objets légèrement différents de l’objet d’empreinte. Ce goût pour le « légèrement différent », qui préexiste lui-aussi aux choix qu’il va permettre, et qui autorise ainsi une adaptation progressive et permanente du comportement aux modifications de la vie qui passe, est sans doute une caractéristique très générale des processus d’attachement." G. Chapoutier

Oui. Je trouve en effet cette piste très intéressante également (à l’instar de Monchu) ! L’être vivant serait en quelque sorte appelé à se réaliser en se confrontant à la différence, à l’altérité. C’est une prise de risque qui s’avère être une prise de vie. Mais est-ce vraiment une prise de risque ? De là à dire qu’il existerait une confiance fondamentale qui anime toute forme vivante, est-ce un anthropocentrisme caractérisé ? Toujours est-il, le biologiste nourrit la grande question philosophique de la construction de soi dans son rapport à autrui. Le même et l’autre… quelle ligne de partage, de césure ? Loin des intellectualismes, avec l’histoire de ce poussin, on observe (même si les septiques pourraient dire que l’interprétation de ce phénomène est réductible à ce que l’observateur veut bien y trouver, donc en plaquant son vécu et son ressenti très subjectif) une modalité de la séparation : l’éloignement ou la distanciation qui traduit le « légèrement » différent et non une coupure, le « radicalement » différent. D’ou effectivement, cette notion de confiance qui entre en ligne de compte comme un élastique dans la relation qui vient à se tendre, à s’allonger mais sans rompre avec son point d’attache et d'ancrage...

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12 Déchaînement de violence, dit-on... le Dim 19 Fév - 18:04

schaeffer a écrit: L’être vivant serait en quelque sorte appelé à se réaliser en se confrontant à la différence, à l’altérité. C’est une prise de risque qui s’avère être une prise de vie. Mais est-ce vraiment une prise de risque ? De là à dire qu’il existerait une confiance fondamentale qui anime toute forme vivante, est-ce un anthropocentrisme caractérisé ? Toujours est-il, le biologiste nourrit la grande question philosophique de la construction de soi dans son rapport à autrui. Le même et l’autre… quelle ligne de partage, de césure ? (...) l’éloignement ou la distanciation qui traduit le « légèrement » différent et non une coupure


Une déliaison primordiale, nous dit A. Green, le mot est lâché,tout ce qui n'est pas lié par le Moi dans l'incorporation primitive, tout ce qui reste en dehors du Moi tombe sous le coup de la pulsion de mort, « [b]le Moi
plaisir purifié » est lui tranquille, ce qui doit être délié l'est... Le masochisme en pathologie de la déliaison, quand la formation du Moi-plaisir purifié n'a pas réussi à projeter tout le mauvais à l'extérieur. Une déliaison originaire, et des déliaisons secondaires: l'apprentissage de la langue, tous les apprentissages des représentations, etc..., et nous sommes à partir de là assiégés en permanence, via les médias, par le mal, le projetant sans cesse, pour qu'il ne nous tue pas, à l'extérieur, dans un espace de haine plus grand que le Moi,réseau, nation, etc...[b]

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13 attachement/détachement le Dim 19 Fév - 23:52


Peut-être que ce "lien" primaire,dont vous parlez M.Schaeffer, cet attachement premier, pourrait ressembler à une sensation de fusion plutôt,au début de la vie humaine, c'est-à-dire un état encore indistinct,symbiotique, d'avant la conscience d'une séparation possible, ou souhaitable, chez le petit animal ou le petit d'homme.
En gros, le détachement serait une étape nécessaire par la suite (mais pas forcément à envisager dans une opposition au lien) pour prendre conscience de l'altérité, et sortir de l'indistinct, du fusionnel, pour pouvoir envisager ensuite un possible retour à l'attachement.
Je pense à l'adolescent, si attaché encore à ses proches, qui cherche, plus tard, lui aussi à se "démarquer", se distancier de l'adulte parent pour pouvoir d'abord s'aimer lui-même, et ensuite forger un nouveau lien, qui se fait dans la distinction de l'autre, du parent, et surtout du sexe opposé, et non dans la fusion cette fois, comme si à chaque étape de la vie, la problématique lien/séparation changeait de nature, d'enjeu. Comme si ces étapes ressemblaient aux périodes de condensation et d'extension de l'univers (je pense au big-bang et aux phases de constitution de l'univers tout entier, fusion et séparation de la matière, recompositions hasardeuses, etc.)
Plus qu'à un lien, au début de la vie, ou dans toute relation amoureuse ou d'attachement d'ailleurs en son début, je pense donc à l'image d'une fusion plutôt, qui ne saurait distinguer le tien du mien (l'attachement me semble impliquer deux objets forcément), et qui peu à peu, sous l'effet de la réalité, de l'assurance aboutirait à cette séparation, cette individuation pour permettre le sentiment d'attachement et d'amour conscient de lui-même cette fois.

Mais bon, je suis plus poète que philosophe, psychanalyste ou adepte de religion, peut-être ce raisonnement est-il peu scientifique et peu pertinent? Il est tout intuitif.

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Macha a écrit:
comme si à chaque étape de la vie, la problématique lien/séparation changeait de nature, d'enjeu. Comme si ces étapes ressemblaient aux périodes de condensation et d'extension de l'univers (je pense au big-bang et aux phases de constitution de l'univers tout entier, fusion et séparation de la matière, recompositions)


oui, peut-être faut-il voir le sujet comme un pôle entre expansion (psychose) et contraction (mélancolie), entre tentative de ré-attachement primordial et tentative d'autonomisation à l'autre; ce qui a le gros avantage d'expulser de la théorie du sujet l'hypothèse freudienne de la pulsion de mort, qui devient inutile à la compréhension de cette dynamique là du sujet; nostalgie de l'attachement total originaire, amour/haine pour ceux qui contrecarreraient le rattachement complet du dividu à sa terre originaire, mais point de pulsion de destruction nécessaire dans tout celà...

((je dois remercier cette découverte ici de la théorie de l'attachement qui devrait permettre de ce débarasser de cette culpabilisante et déprimante "nécessité" d'une pulsion de mort ! Optimisme sans doute de la théorie de l'attachement: le mal n'est l'apanage que de quelques "déliés totaux", mais n'est pas contagieux!))

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15 par delà la pulsion de mort... le Lun 20 Fév - 19:58

oui, peut-être faut-il voir le sujet comme un pôle entre expansion (psychose) et contraction (mélancolie), entre tentative de ré-attachement primordial et tentative d'autonomisation à l'autre; ce qui a le gros avantage d'expulser de la théorie du sujet l'hypothèse freudienne de la pulsion de mort, qui devient inutile à la compréhension de cette dynamique là du sujet

Oui, assez d'accord sur vos conclusions... "par delà le bien et le mal", la vie et la mort, le lien et la séparation, il existe une liberté qui est de jouer et d'aimer autrement, ailleurs, d'échapper à tout formatage et pulsion de mort sociale en particulier au jour d'aujourd'hui.
Le reste nous plonge dans la psychose ou la mélancolie...
Je "joue" sur, avec les mots, et je suis assez d'accord avec votre vision des choses.

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